Souveraineté et IA, deux piliers incontournables de l’investissement thématique aujourd’hui ?

Qu’est-ce que la souveraineté et l’autonomie stratégique pour l’Europe, et pourquoi ces concepts sont-ils devenus cruciaux ?

La souveraineté, c’est la capacité d’un État ou d’un groupe d’États à agir sans influence extérieure, notamment dans un contexte où la polarisation mondiale s’accroît. L’autonomie stratégique, quant à elle, concerne la capacité d’un pays à faire valoir ses intérêts face aux grandes puissances mondiales dans des domaines considérés comme essentiels. Dans un monde qui se polarise de plus en plus, l’Europe a compris qu’elle devait renforcer ses piliers stratégiques – défense, énergie, alimentation, santé, industrie, technologie, et union des capitaux – pour réduire sa dépendance. Les crises successives tels que le Covid, la guerre en Ukraine ou la guerre commerciale ont accéléré cette prise de conscience, et beaucoup d’initiatives sont en cours pour atteindre une autonomie plus grande, même si le chemin est encore long.

Quelles stratégies d’investissement en actions privilégiez-vous pour soutenir cette souveraineté ?

Chez BNP Paribas Asset Management, nous avons une gestion spécialisée sur la souveraineté, concentrée sur des valeurs cotées européennes, avec un encours d’environ 850 millions d’euros1. Cette gestion cible des entreprises ayant un lien direct avec les cinq piliers stratégiques, en privilégiant celles ayant leur implantation en Europe, une chaîne de production locale, et un actionnaire principal européen. Nous investissons dans toutes les tailles de capitalisation (à partir de 500M€), y compris des PME, afin de soutenir la diversité et la résilience du secteur. La gestion de la stratégie est active et les allocations thématiques varient selon nos convictions en tenant compte des fondamentaux des entreprises mais également de l’environnement macroéconomique.

Autre marché qui a le vent en poupe l’IA, où en est le marché européen par rapport aux US ? Sur quel cycle se situe le marché ?

L’Europe accuse un retard conséquent en matière d’intelligence artificielle en raison d’un sous-investissement massif au cours des dernières années. Entre 2015 et 2023, les États-Unis ont investi 325 milliards de dollars dans l’IA contre seulement 55 milliards pour l’Europe2. Cette situation s’est traduite par des performances boursières spectaculaires (entre 2023 et 2025) pour les entreprises américaines exposées à cette première phase de l’IA (mise en place de l’infrastructure et la production de puces mémoire), alors que les entreprises européennes ont une exposition directe beaucoup plus limitée (environ 5 %). Cependant, une nouvelle phase s’ouvre : l’Europe intensifie ses investissements pour tenter de rattraper son retard. La dynamique pourrait jouer en faveur des acteurs européens présents dans la fabrication d’équipements de semiconducteurs ou permettant l’intégration de l’IA dans les entreprises.

La question de la bulle est souvent évoquée dans le contexte de l’IA. Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas que nous soyons dans une bulle classique. Le marché est en train de faire une segmentation : d’un côté, les acteurs qui investissent massivement dans l’IA avec des leviers financiers importants et sans retour sur investissement à court terme sont délaissés ; de l’autre, les acteurs avec un retour sur investissement plus immédiat et tangible sont recherchés. La croissance dans l’IA, notamment dans la partie générative, repose sur des investissements importants en Capex, notamment pour de nouvelles infrastructures et LLM (modèles de langage).

Quelles opportunités voyez-vous pour les investisseurs dans le contexte actuel, notamment dans le secteur technologique ?

À court terme, le marché tend à privilégier des sociétés avec des retours immédiats, comme celles qui réalisent déjà un chiffre d’affaires significatif et en accélération.

Notre approche consiste à ajuster nos portefeuilles en fonction des dynamiques de croissance, en privilégiant les acteurs qui ont une architecture solide et une capacité à évoluer avec l’IA.

À plus moyen et long terme, il faut regarder au-delà de ces performances immédiates et des sociétés de logiciels qui sont actuellement délaissés par le marché (car jugées à risque de disruption par l’IA) restent solides et pourraient redevenir des opportunités d’investissement.

Quels sont les principaux risques liés à l’investissement dans l’IA ?

Les principaux risques concernent l’incertitude autour de la valeur terminale de certains acteurs ainsi que la capacité à générer un retour sur investissement. De plus, la dépendance accrue à l’IA pourrait entraîner des déséquilibres ou des effets de disruption dans différents secteurs, ce qui nécessite une gestion prudente et une diversification adaptée.

[1] Source : BNP Paribas Asset Management au 9 avril 2026

[2] Artificial Intelligence Index Report – Stanford University

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