L'asset manager d'un monde qui change

Perspectives d'investissement 2020

Hotel California : reprise de l'assouplissement quantitatif

Contenu à destination des investisseurs professionnels.

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

icon-boussole-little

PRINCIPAUX POINTS À RETENIR POUR 2020​

  • Les politiques monétaires des banques centrales ont désormais changé de cap : en 2019, la Réserve fédérale (Fed) a abaissé à trois reprises ses taux aux États-Unis et la Banque centrale européenne (BCE) a repris son assouplissement quantitatif (« QE »).
  • Les risques de voir les « taux plus bas plus longtemps » deviennent la norme, ce qui a d’importantes implications pour les marchés obligataires et les investisseurs.
  • En dépit de 27 trimestres de croissance supérieure au potentiel depuis la crise financière mondiale, d’un taux de chômage à son plus bas niveau depuis 1953 et d’une augmentation des droits de douane, l’inflation demeure inférieure à l’objectif de la Fed et à peine supérieure à sa moyenne des dix dernières années.
  • En Europe, l’inflation reste limitée par les tendances démographiques. Ces dernières affichent une croissance inférieure au niveau attendu. Des facteurs structurels tels que la démographie, la faiblesse de la croissance et la technologie devraient continuer à contenir l’inflation en 2020 aux États-Unis et en Europe.
  • L’économie mondiale va enregistrer une croissance modeste en 2020 mais aucun facteur économique ne nous paraît susceptible d’entraîner une récession de l’économie mondiale l’année prochaine. A moins que les risques politiques ne recommencent à s’accentuer, le commerce mondial et l’industrie manufacturière devraient progressivement se redresser.
  • Sur le front commercial, le mieux que l’on puisse espérer à ce stade semble être un accord limité, possiblement à court terme, entre les États-Unis et la Chine, avec le risque de voir l’administration américaine réorienter alors ses pressions vers l’Europe.
  • En matière d’allocation d’actifs, nous pensons que les actions sont vulnérables à toute détérioration imprévue de l’économie mondiale, tandis que les taux d’intérêt négatifs dans la zone euro vont contraindre les investisseurs obligataires à prendre des risques supplémentaires sur les marchés du crédit afin d’obtenir des rendements plus élevés. Nous privilégions les titres structurés, ainsi que les obligations d’entreprise et la dette émergente. La dette privée et les actifs réels demeurent également des segments où les investisseurs peuvent bénéficier d’une diversification et d’un potentiel de performance intéressant.

PERSPECTIVES MACROÉCONOMIQUES

Global Economy

ÉCONOMIE MONDIALE

Aucun facteur économique ne nous paraît susceptible d’entraîner une récession de l’économie mondiale l’année prochaine. A moins que les risques politiques ne recommencent à s’accentuer, le commerce et l’industrie manufacturière devraient progressivement se redresser. Après plusieurs révisions à la baisse, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance mondiale de 3 % en 2019 (voir graphique ci-dessous). Au niveau mondial, où la croissance moyenne de long terme (1980-2018) est de 3,5 %, un rythme de 3 % correspond à une économie atone.

Croissance_mondiale_graphique_FR
United States

ÉTATS-UNIS

Après plus d’une décennie d’expansion, la question clé est désormais la suivante : l’économie américaine aborde-t-elle une trajectoire en pente douce vers son potentiel de croissance à long terme (de l’ordre de 1,8 %) ou une descente brutale qui se terminerait en récession ? Nous penchons pour le premier scénario. L’économie américaine ne devrait pas connaître de récession en 2020.

Toutefois, la politique monétaire de la Fed étant désormais en pause après trois baisses des taux en 2019, certains craignent qu’elle ne dispose que d’une marge de manœuvre limitée pour réagir en cas de ralentissement. Lors des précédentes récessions, le taux effectif des fonds fédéraux a baissé de 630 points de base (pb) en moyenne. Aujourd’hui, le potentiel de baisse n’est que de 175 pb (en présupposant que les taux ne soient pas abaissés en dessous de 0 %). Compte tenu de cette limite, la nécessité d’une réponse budgétaire expansionniste est d’autant plus grande. Heureusement, la faiblesse des taux d’intérêt accroît la latitude de la politique budgétaire dans la mesure où toute augmentation de la dette n’entraîne pas une hausse proportionnelle des paiements d’intérêts.

China

CHINE

La croissance du PIB a ralenti à 6 % au 3ème trimestre 2019 par rapport à l’année précédente, soit son rythme le plus lent en près de 30 ans. Pékin s’emploie à prendre des mesures visant à limiter les risques résultant d’un endettement excessif, même si cela entraîne une croissance moins dynamique. Néanmoins, les mesures de relance viendraient contrebalancer les conséquences d’une éventuelle aggravation du conflit commercial avec les États-Unis.

La Chine va-t-elle montrer la voie d’une relance économique en 2020 et d’une plus grande coopération entre politique monétaire et budgétaire ? Il est difficile d’apporter une réponse définitive mais les appels en faveur d’investissements publics pour stimuler la croissance économique se sont multipliés à la fin de 2019.

Eurozone

ZONE EURO

Les mesures accommodantes décidées par la Banque centrale européenne et les appels pour un relais par la politique budgétaire devraient continuer à soutenir l’économie.

Les inquiétudes quant aux effets secondaires défavorables des taux d’intérêt négatifs se font de plus en plus vives, alors même que le programme d’achat d’obligations de la BCE approche des limites que banque centrale s’est imposée. Il est sans doute temps de se tourner à nouveau vers les politiques budgétaires qui changeraient les perspectives sur de nombreux fronts.

Malgré les déceptions persistantes sur les enquêtes d’activité et de confiance, les données réelles ne se sont pas significativement dégradées.

La croissance du PIB de la zone euro devrait s’établir à près de 1 % en 2020. Plusieurs éléments fondamentaux plaident pour une accélération de la consommation et de l’investissement. Les enquêtes paraissent surestimer les risques baissiers sur la demande.

Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la BCE, a déclaré que les pays en excédent budgétaire n’ont pas fait les efforts nécessaires pour soutenir l’économie et qu’ils devraient faire l’objet de plus d’attention.

PERSPECTIVES DES MARCHÉS

Developed market equities

MARCHÉS ACTIONS DÉVELOPPÉS

Les performances des actions ont été soutenues par la baisse des taux d’intérêt en 2019

Au lieu de s’inquiéter du ralentissement de la croissance du PIB dans la plupart des régions du monde en 2019, les marchés actions se sont plutôt polarisés sur les avantages de la baisse des taux d’intérêt et de la reprise du soutien monétaire des banques centrales. En conséquence, les performances des marchés découlent principalement de la baisse de la prime de risque actions (ce qui équivaut à une augmentation du ratio cours/bénéfice) et du taux d’actualisation, plutôt que par les anticipations d’une croissance des bénéfices des entreprises. 

Mais, cette situation ne peut s’inscrire dans la durée

Une réédition de 2019 est impossible à plus long terme. Les ratios cours/bénéfice prévisionnels sont conformes à leurs moyennes pour l’indice MSCI Europe et les marchés émergents, mais sont élevés aux États-Unis (17x pour l’indice S&P 500, contre une moyenne de 14,7x depuis 1985 ; le niveau maximal atteint après la crise financière mondiale est de 18,6x).

Les taux d’intérêt pourraient encore baisser davantage avec la décélération de la croissance du PIB américain. La détente des taux aurait certes pour effet d’accroître la valeur actuelle des bénéfices, mais à ce niveau de croissance du PIB nominal, la croissance des bénéfices en souffrirait.

Les tensions commerciales, le désendettement et les changements structurels du modèle de croissance permettent d’envisager quelque chose de similaire en Chine. En Europe, en revanche, on peut encore espérer un modeste rebond de la croissance. Même une résolution de la guerre commerciale sino-américaine n’augmenterait sans doute pas ces chiffres de façon spectaculaire. Les droits de douane entre les États-Unis et la Chine ont augmenté mais leurs échanges commerciaux représentent moins de 4 % de l’ensemble du commerce mondial.

Pas de hausse durable des actions sans croissance des bénéfices

Dans un monde caractérisé par une croissance économique modeste, des marges élevées et des coûts salariaux orientés à la hausse, il n’est pas certain que les entreprises seront en mesure d’accroître sensiblement leurs bénéfices. En 2020, les prévisions tablent sur une croissance bénéficiaire de plus de 10 % aux États-Unis et dans les pays émergents, et à de l’ordre de 5 % en Europe. Dans l’hypothèse d’une certaine normalisation des multiples aux États-Unis et de la stabilisation des valorisations ailleurs, la performance totale des actions en 2020 devrait être inférieure à 10 %. Nous allons continuer de privilégier le secteur technologique, mais de manière sélective. Une autre conséquence des tensions commerciales est l’accroissement des opportunités pour les entreprises offrant des alternatives aux produits techniques produits en Chine. A contrario, le risque est accru pour les entreprises qui dépendent de ce partenaire.

Developed market debt

MARCHÉS OBLIGATAIRES DÉVELOPPÉS

Nous voyons peu de raisons d’anticiper une forte hausse des rendements des obligations gouvernementales aux Etats-Unis comme en Europe au cours des prochains mois. L’inflation a été modérée au cours de la dernière décennie et les prévisions pour 2020 sont modestes (et orientées à la baisse).

Inflation_graphique_FR

En cas de tensions, la Fed pourrait continuer à réduire ses taux même au-delà des anticipations du marché. Une récession outre-Atlantique nous semble néanmoins improbable. La confiance des ménages demeure élevée, la détente des taux d’intérêt a favorisé l’augmentation des mises en chantier à leur plus haut niveau depuis 2007 et le taux de chômage est à son plus bas niveau depuis 1953.

Dans la zone euro, nous nous attendons à une poursuite du « QE » et à ce que les taux directeurs demeurent négatifs, voire à ce qu’ils diminuent encore. Sur les marchés obligataires de la zone euro, nous préférons les pays périphériques aux pays « core » ou « semi-core » dans la mesure où les spreads devraient rester stables ou se resserrer sous l’effet de la reprise du « QE ».

Dans l’ensemble, nous privilégions les titres structurés (adossés à des actifs et à des créances hypothécaires) et les marchés des obligations d’entreprise. Compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt, les sociétés peuvent en effet supporter des niveaux d’endettement plus élevés.

Private debt and real assets

DETTE PRIVÉE ET ACTIFS RÉELS​

Au cours des dernières années, les expositions à la dette privée et aux actifs réels ont sensiblement augmenté. Cela s’explique en partie par l’effet que la politique monétaire non conventionnelle et la faiblesse des taux d’intérêt ont eu sur les classes d’actifs traditionnelles. A mesure que les taux baissent et que la chasse aux rendement s’intensifie, les investisseurs concentrent leur attention sur certains secteurs des marchés d’actifs. Ces derniers deviennent plus chers et moins liquides. Les investisseurs sont confrontés à des risques tels que la concentration du portefeuille, l’augmentation des corrélations et les fluctuations soudaines de la volatilité.

La dette privée attire les investisseurs dans la mesure où elle permet d’éviter certains de ces risques qui, selon nous, vont subsister pendant un certain temps. En 2019, nous avons assisté à un retour à des politiques non conventionnelles de la part des principales banques centrales, d’où la faible probabilité de voir les taux d’intérêt sensiblement augmenter dans un proche avenir.

Dans ce nouvel environnement, lorsque les entreprises recherchent des financements, elles se tournent de plus en plus vers les investisseurs institutionnels et les gestionnaires d’actifs. La dette privée a fourni une source d’actifs répondant aux besoins des investisseurs institutionnels en matière de gestion du passif, et ce, dans un environnement où les classes d’actifs traditionnelles ne peuvent plus jouer ce rôle.

Les titres adossés à des actifs, comme la plupart des actifs de dette privée, sont adossés à un coupon basé sur l’Euribor assortit d’une marge qui offre une protection contre le risque d’une hausse des taux d’intérêt. Ils constituent un segment des marchés de la dette privée et des actifs réels qui, selon nous, offrent aux investisseurs une solution au regard des risques auxquels ils seront confrontés en 2020.

Emerging market debt

MARCHÉS OBLIGATAIRES ÉMERGENTS

La dette des marchés émergents s’est bien comportée suite à l’inflexion accommodante de la politique monétaire aux États-Unis en 2019 et à la baisse des rendements des emprunts d’État américains qui a suivi. Après des performances négatives en 2018 des obligations libellées en dollar et en devise locale, la dette émergente a généré de solides performances en 2019.

Cette tendance va-t-elle se poursuivre en 2020 ?  Selon nous, les taux longs de référence vont demeurer bas, aidant ainsi à favoriser la stabilité des revenus des obligations émergentes, ce qui représente un avantage important par rapport aux obligations traditionnelles. Dans le même temps, certaines opportunités au sein des actifs à haut rendement et le potentiel d’appréciation des devises émergentes sont susceptibles d’être synonymes de gains significatifs. Nous prévoyons une performance de la classe d’actifs comprise entre 5 % et 10 % en 2020.

THÈMES D’INVESTISSEMENT

FORUM DE L’INVESTISSEMENT 2019

En novembre, BNP Paribas Asset Management a organisé son forum annuel de l’investissement. Autour de notre direction générale et d’éminents universitaires, cet événement a permis aux responsables des investissements et aux gérants de portefeuilles d’échanger leurs points de vue sur les forces structurelles appelées à déterminer les perspectives économiques, politiques et de marché et d’en tirer des enseignements en matière d’investissement. Voici les principales conclusions de ces échanges.

Investment forum 2019
China evolving strategic objectives and a shifting lanscape

CHINE : ÉVOLUTION DES OBJECTIFS STRATÉGIQUES ET DU PAYSAGE

Les tweets présidentiels ont résonné sur les marchés financiers, mais comme l’a déclaré Amy Celico du groupe Albright Stonebridge au Forum de l’investissement 2019 de BNP Paribas Asset Management, l’opinion de Washington sur la Chine a changé de manière encore plus radicale.

Alors que la politique américaine à l’égard de la Chine jusqu’à l’administration Obama visait à établir des relations constructives, elle a maintenant évolué vers une concurrence stratégique. Cela repose sur la conviction que la Chine n’allait pas changer fondamentalement malgré une plus grande intégration dans le système économique de l’Occident. Un changement de politique semble peu probable, quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle américaine, même si les instruments de la concurrence stratégique pourraient évoluer. Un Président démocrate pourrait, par exemple, tenter d’amener l’Europe et le Japon en tant qu’alliés à faire pression plus efficacement sur la Chine en matière de droits de propriété intellectuelle.

Une chine plus volontariste

L’élection à la présidence de Xi Jinping en 2013 a été suivie par ce qui a été considéré comme des politiques économiques plus volontaristes, comme par exemple les nouvelles routes de la soie (« Belt and Road ») ou l’initiative « Made in China 2025 ». La résistance de l’Occident à certains de ces projets a conduit la Chine à se montrer plus réactive dans ses relations avec l’Occident. Les dirigeants doivent faire face à des situations explosives et Amy Celico pense que la Chine restera intraitable tant qu’elle affine sa position par rapport à ses principaux concurrents géopolitiques.

Les priorités de Pékin sont de renforcer le contrôle du parti sur tous les aspects de la société et de renforcer les entreprises publiques pour stimuler la croissance. La première priorité économique pour 2020 est de gérer le ralentissement – la croissance annuelle du PIB est passée de 6,8 % début 2018 à seulement 6 % au 3ème trimestre 2019. Les objectifs de désendettement et de rééquilibrage de l’économie restent en place, mais leur réalisation est plus difficile avec une croissance plus faible.

Une conséquence : les moyens attribués à l’initiative « Belt and Road » sont de plus en plus limités à mesure que la Chine s’appuie sur des succès récents tout en répondant au scepticisme international et à la concurrence croissante en matière d’investissement mondial dans les infrastructures.

Découplage sino-américain

En ce qui concerne les relations avec les États-Unis, la concurrence technologique est la zone de tension la plus visible et le risque d’un découplage partiel des systèmes des deux pays augmente. Les États-Unis appliquent maintenant des contrôles à l’exportation et des restrictions à l’investissement dans l’intérêt de la sécurité nationale. Les propres règles de la Chine régissant des infrastructures d’information et des flux de données critiques renforcent cette tendance au découplage. Un accord commercial limité n’arrêtera probablement pas le développement de politiques visant à limiter les flux de technologie.

Les incertitudes politiques et les obstacles réglementaires constituent un autre défi pour les entreprises étrangères opérant en Chine. La dernière enquête de la Chambre de commerce de l’UE en Chine a montré que 48 % des entreprises interrogées s’attendaient à un renforcement des obstacles réglementaires au cours des cinq prochaines années ; l’enquête du Conseil des affaires sino-américain a révélé que 34 % des entreprises sont pessimistes ou plutôt pessimistes quant aux perspectives à cinq ans pour leur activité en Chine. Bien que la plupart aient estimé qu’être en Chine était toujours une priorité, elles étaient parfaitement conscientes des difficultés.

Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?

Selon nous, les investisseurs vont devoir réévaluer les opportunités offertes par l’initiative « Belt and Road ». Il est probable que le champ des investissements et les montants en jeu ne soient pas aussi élevés que prévu initialement. Ils devront évaluer de près les modèles économiques des entreprises technologiques américaines et chinoises afin d’identifier les sources de la technologie, de la production et des ventes.

Alors que les nouvelles restrictions nuiront à certaines entreprises, d’autres bénéficieront d’une concurrence réduite. Les entreprises non chinoises peuvent éprouver des difficultés à rivaliser dans des domaines utilisant l’intelligence artificielle, car la technologie dépend de grandes quantités de données. Celles-ci sont souvent plus faciles à trouver en Chine qu’en Occident où les lois sur la protection de la vie privée en restreignent l’accès.

Les investissements dans des entreprises opérant en Chine devront être évalués régulièrement afin de tenir compte de l’évolution de l’environnement commercial et réglementaire, et d’anticiper les menaces pesant sur les modèles économiques et les nouvelles opportunités.

US economic policy and outlook

PERSPECTIVES POUR LES ÉTATS-UNIS :
MOINS DE MARGE DE MANŒUVRE POUR LA POLITIQUE MONÉTAIRE, ET DAVANTAGE POUR LA POLITIQUE BUDGÉTAIRE

L’impact négatif de la guerre commerciale sur la croissance américaine a à peu près compensé l’impact positif de la baisse des impôts et des taux d’intérêt, a déclaré le professeur Jason Furman de la Harvard Kennedy School et du Peterson Institute for International Economics au Forum de l’investissement 2019 de BNP Paribas Asset Management. La question clé est désormais la suivante : l’économie américaine aborde-t-elle une trajectoire en pente douce vers son potentiel de croissance à long terme de l’ordre de 1,8 % ou une descente brutale qui se terminerait en récession ? D’après le professeur Furman (et nous partageons ce point de vue), c’est le premier scénario qui se produira.

—-

Les récentes baisses de taux directeur de la Fed s’inscrivent dans une phase beaucoup plus longue de diminution progressive des taux d’intérêt depuis le début des années 1980. Ce déclin est d’autant plus susceptible de persister qu’il est dû à une hausse de la dette publique, à la baisse de la productivité, à l’évolution démographique (les personnes âgées épargnent plus) et à une augmentation des inégalités (les plus riches épargnent plus).

Étant donné la faiblesse des taux d’intérêt, le problème est que les marges de manœuvre de la Fed pour répondre à la prochaine récession sont limitées. Ce potentiel limité d’action de la politique monétaire rend d’autant plus nécessaire la mise en œuvre d’une politique budgétaire expansionniste.

Changements possibles de politique et leur impact

Au-delà des perspectives immédiates, le professeur Furman a évoqué les changements de politique possibles selon les résultats des élections de novembre 2020 (Président et au Congrès). Selon lui, la solidité de l’économie et son statut de Président en place rendent probable une réélection du Président Trump. Dans ce cas, le choix du président de la Fed en 2020 deviendra une question importante pour les marchés et les perspectives en matière de politique monétaire.

L’élection pourrait avoir des conséquences importantes sur la politique fiscale américaine : selon le candidat, les estimations vont de 17 000 milliards d’USD d’augmentations d’impôt à 1 500 milliards d’USD de réductions d’impôt.

Les secteurs susceptibles d’être impactés sont :

  • la santé (selon que l’évolution du système de santé penche vers un modèle à « payeur unique » ou non)
  • l’énergie (via un « Green New Deal » ou une tarification du carbone)
  • la finance (par le biais de modifications de la réglementation et/ou de la fiscalité)
  • la technologie (par le biais de réglementations ou de mesures antitrust)

 
Une augmentation du salaire minimum affecterait une part significative de la main-d’œuvre et les dépenses d’infrastructures pourraient augmenter. Le professeur Furman a souligné la convergence d’opinion entre les candidats en matière d’échanges commerciaux, tout au moins avec la Chine, et nombre d’entre eux plaident en faveur des droits de douane ou d’autres restrictions.

Market regulation in a superstar economy

RÉGLEMENTATION DES MARCHÉS DANS L’ÉCONOMIE DES SUPERSTARS

L’ère numérique a apporté des bienfaits considérables à la société, mais aussi des coûts, et il incombe souvent aux gouvernements de mettre en œuvre des réglementations visant à minimiser ces coûts. Lors du Forum de l’investissement 2019 de BNP Paribas Asset Management, le prix Nobel d’économie 2014 Jean Tirole de la Toulouse School of Economics a expliqué combien il est difficile de réglementer le pouvoir du marché dans une économie mondiale confrontée à des phénomènes de rupture.

Les autorités réglementaires doivent tenir compte du retour de bâton contre les entreprises technologiques dans la société, prenant la forme d’appels en faveur du démantèlement des grandes entreprises technologiques, de leur réglementation comme pour des services publics, d’une application plus stricte des politiques antitrust ou du lancement de programmes de politique industrielle dans le domaine du big data et de l’intelligence artificielle (IA).

Réglementer le changement de manière flexible

L’un des défis auxquels sont confrontées les autorités réglementaires est celui de la politique antitrust. Par le passé, lorsque les autorités réglementaires s’attaquaient à des monopoles comme AT&T ou Standard Oil, il était facile d’identifier et de séparer les parties essentielles de leur activité (par exemple, le réseau téléphonique ou ferroviaire ou encore les gares).

Avec les entreprises technologiques, c’est plus difficile, car leurs activités évoluent rapidement. Dans le cas des données, il est difficile de distinguer les données des activités qui les génèrent. Pour le professeur Tirole, la politique de la concurrence et la protection des consommateurs sont les meilleurs outils pour gérer cette industrie, mais les autorités réglementaires doivent adapter ces outils au contexte numérique et les rendre flexibles.

Les autorités réglementaires s’efforcent de préserver la concurrence sur un marché afin que les consommateurs reçoivent le meilleur service au meilleur prix. À l’ère du numérique, cela implique d’évaluer le comportement des entreprises en place afin de s’assurer que les services annexes ou les programmes de fidélité, par exemple, ne limitent pas la concurrence par les prix. Des acquisitions peuvent être utilisées pour éliminer un concurrent du marché, ou les garanties de « meilleur prix » peuvent finir par permettre à une plateforme de faire payer des non-utilisateurs.

Compte tenu de la domination dans ce domaine des Etats-Unis et de la Chine – les 20 plus grandes entreprises technologiques du monde sont américaines ou chinoises – des appels ont été lancés, en particulier en Europe, en faveur d’un recours à la politique industrielle pour promouvoir des champions « européens ». Le projet de fusion d’Alstom et de Siemens en est l’exemple le plus récent, bien que dans un autre secteur.

Politique industrielle – faut-il l’utiliser ?

Les arguments en faveur de la politique industrielle sont qu’il existe des « effets de grappe » (partage des infrastructures et des informations, potentiel de mobilité des emplois à faible coût), des retombées industrielles de la recherche et développement publique ou qu’elle permet de préserver la concurrence (argument en faveur de l’existence simultanée d’Airbus et de Boeing).

Les économistes sont néanmoins sceptiques. L’histoire montre que les gouvernements parviennent rarement à sélectionner des industries ou des entreprises gagnantes, et que l’implication de l’État accroît le risque que ce dernier subisse des pressions de l’industrie elle-même. Il existe toutefois des exceptions, comme la Defence Advanced Research Projects Agency, le National Institute of Health et la National Science Foundation des États-Unis.

La leçon à en tirer est la suivante : suivre de près la politique réglementaire et son adaptation à l’ère numérique sera particulièrement important en 2020. Certaines évolutions pourraient influer sur la valeur des entreprises, mais on ne peut exclure des changements aboutissant à des démantèlements.

Climate change

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

De plus en plus, le changement climatique est reconnu comme un phénomène de rupture à part entière, tant pour l’économie mondiale dans son ensemble que pour les investisseurs. Lors du Forum de l’investissement 2019 de BNP Paribas Asset Management, notre Responsable mondial du développement, Jane Ambachtsheer, et notre Responsable de la recherche sur le changement climatique, Mark Lewis, ont présenté leurs idées concernant les prévisions sur le changement climatique au cours des 3 et 30 prochaines années.

Bien que l’Accord de Paris vise une augmentation des températures mondiales bien inférieure à 2°C, les politiques actuelles nous conduisent tout droit à une augmentation de 4°C, avec des conséquences (négatives) importantes, comme notamment :

  • des vagues de chaleur extrêmes ;
  • une augmentation du niveau de la mer pouvant atteindre près de neuf mètres (qui mettrait 470 à 760 millions de personnes en danger) ;
  • des risques majeurs en matière de sécurité alimentaire mondiale ;
  • le risque d’extinction de la moitié de toutes les espèces végétales et animales ;
  • 35 à 122 millions de personnes de plus en situation d’extrême pauvreté.

Les gouvernements agiront lorsque la science, l’économie, la technologie et l’opinion publique convergeront, mais les questions essentielles sont de savoir quand et comment cela se produira : sans heurts et de manière coordonnée ou trop tard et d’une façon chaotique ?

L’impact sur les secteurs et les marchés financiers

Il est important de noter que les marchés financiers ne sont pas assez préparés aux risques politiques liés au climat et, à mesure que les gouvernements sont contraints de prendre des mesures, les portefeuilles des investisseurs sont exposés. Nous devons nous demander comment leurs politiques affecteront l’économie, quels secteurs sont les plus à risque et quelles classes d’actifs seront impactées.

Certaines des industries qui, selon nous, seront affectées :

  • énergie – le charbon sera progressivement éliminé, l’utilisation du pétrole devrait atteindre un pic, la production d’énergie renouvelable augmente
  • automobile – les moteurs à combustion interne devraient être interdits et être remplacés par les moteurs électriques
  • construction – les normes en matière d’efficacité énergétique des logements et des bureaux seront plus strictes et les bâtiments existants devront être rénovés
  • agriculture – la productivité doit augmenter pour compenser la fin de la déforestation ; les habitudes alimentaires tendent à incorporer moins de viande bovine
  • secteurs de la consommation, en particulier la consommation de base – l’utilisation du plastique dans nombre de produits risque d’être assujettie à des restrictions de plus en plus strictes

 
Message clé de Jane Ambachtsheer et Mark Lewis : il y aura inévitablement une réponse politique des gouvernements visant à atténuer le changement climatique et à s’y adapter à mesure que son impact sur les citoyens s’amplifiera.

Dans notre rapport Des puits, des câbles et des roues : l’EROCI et le sombre avenir pour le pétrole, Mark Lewis explique pourquoi le prix du pétrole devra avoir un seuil de rentabilité bien plus bas à long terme pour rester compétitif dans le secteur du transport. Une telle baisse du prix réduira fortement la rentabilité future des investissements dans ce secteur et le nombre d’actifs dévalorisés (stranded assets) augmentera.